La complémentarité des états de vie dans la Communauté de l’Emmanuel

 alt
 
Le prêtre de l’Emmanuel n’est pas envoyé en mission tout seul. Il est envoyé en mission en communauté, avec ses frères et sœurs de Communauté, de tous les états de vie. Laurent Landette, modérateur international de l’Emmanuel revient sur cette complémentarité des états de vie.

 
Prêtres et laïcs dans la mission : quel est l’apport des communautés nouvelles dans ce domaine ?

On ne peut pas parler de l’apport des communautés nouvelles sans faire référence au concile Vatican II. L’Église y est définie comme le “Peuple de Dieu”, rassemblant tous les baptisés, appelés à la sainteté. Le sacerdoce commun est donné par le baptême. Parmi les baptisés, certains sont ordonnés au sacerdoce ministériel pour se mettre au service de tous. Le “Bon Pasteur” n’est « pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie » (Matthieu 20, 28). Les communautés nouvelles, nées dans le sillage du concile, ont reçu cet amour de l’Église qui les conduit à un émerveillement réciproque entre les différents états de vie. Tous se reconnaissent frères et soeurs en Christ, fils d’un même Père, habités par le même Esprit. Ainsi la mission ne repose pas seulement sur le prêtre, mais sur tous les baptisés. La complémentarité des états de vie est un facteur essentiel de la vie des communautés nouvelles. Cette réalité stimule la croissance spirituelle de chacun. Elle est à la source de nombreuses vocations.


Quel est l’apport spécifique de la Communauté de l’Emmanuel ?

Notre fondateur Pierre Goursat (…) était convaincu de l’importance de la communion entre prêtres et laïcs, vivant dans l’adoration, la compassion, et la soif d’évangéliser. Les statuts de la Communauté de l’Emmanuel expriment cette invitation à nous « donner les moyens d’accueillir ensemble l’amour de Jésus, d’accueillir ensemble le feu de la charité du Christ et le faire rayonner ensemble ». Cet “être ensemble” est fondamental ; il est la source de la charité et de la joie. Les membres de l’Emmanuel sont appelés à exercer le sacerdoce commun des baptisés, en unité profonde avec le sacerdoce ministériel, dans leur vie quotidienne.
Cela nous engage à servir l’Église (paroisses, sanctuaires, aumôneries, enseignement) et le monde (couples, familles, monde du travail, banlieues difficiles, coopération).(…)
 

Comment se vit concrètement cette coresponsabilité dans la mission au sein de l’Emmanuel ?

Très simplement. Ce que nous expérimentons au sein de la Communauté de l’Emmanuel ne dénature pas le prêtre, fortifié au contraire dans sa paternité sacramentelle, mais ne dévalorise pas non plus le laïc dont la mission est de féconder le monde par son témoignage de vie. « Plus que des “collaborateurs”, les laïcs doivent être considérés comme “coresponsables” de la mission de l’Église », nous dit Benoît XVI.
En effet, il serait dangereux de considérer la relation prêtres-laïcs en termes de pouvoir alors qu’il s’agit de service. Si cette coresponsabilité n’est pas ordonnée à la mission dans la charité, on risque de tomber dans le piège de la rivalité, qui peut engendrer cléricalisme d’un côté et laïcisme de l’autre, avec les raideurs mortifères qui les accompagnent.
Ce qui nous comble de joie avec mon épouse, dans nos missions avec des prêtres, c’est de servir et d’évangéliser avec eux. Je le vois aussi dans les nombreux témoignages de prêtres et de laïcs au sein des paroisses, des sessions ou des rencontres communautaires : les personnes que nous accueillons sont touchées par la simplicité de ces rapports, chacun étant accueilli et honoré pour ce qu’il est.
Le rayonnement de la Communauté procède de cette qualité de vie fraternelle. Le monde attend cela de l’Église parce qu’il attend ce visage joyeux de la foi !


Laurent Landete, Modérateur de la Communauté de l’Emmanuel
Source : Lettre des prêtres et séminaristes de l’Emmanuel n°34

 

Pour aller plus loin sur la complémentarité des états de vie.


Comme la plupart des « Communautés nouvelles », nées dans le sillage du Concile Vatican II, la communauté de l’Emmanuel vit la complémentarité des états de vie. Le Conseil pontifical pour les laïcs l’a reconnue définitivement, le 8 décembre 1998, comme Association privée internationale de fidèles, de droit pontifical. Le Saint-Siège a confirmé en 2010 cet appel en érigeant la Communauté de l’Emmanuel en association publique internationale de fidèles. Selon le droit canon, une association publique de fidèles agit pour le “bien commun” de l’Église universelle.

 

Prévu dans le code de Droit Canonique

Ce type de communauté, regroupant dans la même entité juridique les trois états de vie, n’a été possible que depuis le nouveau Code de Droit Canonique de 1983, le canon 298 - §1 : « Dans l’Eglise, il existe des associations distinctes des instituts de vie consacrée et des sociétés de vie apostolique, dans lesquelles des fidèles, clercs ou laïcs, ou encore clercs et laïcs ensemble, tendent par un agir commun à favoriser une vie plus parfaite, à promouvoir le culte public ou la doctrine chrétienne, ou à exercer d’autres activités d’apostolat, à savoir des activités d’évangélisation, des œuvres de piété ou de charité, et l’animation de l’ordre temporel par l’esprit chrétien. »


Une insistance de ses statuts

Le thème de cette complémentarité revient comme un leitmotiv dans ses statuts.

Ainsi le Préambule déclare dès sa 1ère phrase :

La communauté de l’Emmanuel est une association de fidèles de tous états de vie. Puis il poursuit :Pour tous, c’est reconnaître Jésus comme le centre de leur vie, pour "être dans le monde sans être du monde". Pour certains, cela signifie rechercher la sanctification dans la vie ordinaire, familiale et professionnelle ; pour d’autres, dans le célibat pour le Royaume ; pour d’autres encore, dans une vie dédiée à temps complet aux œuvres d’apostolat."

Puis le §1 reprend en précisant :

La communauté rassemble des fidèles (Christi fideles) de tous états de vie qui désirent s’engager ensemble dans une vie à la fois contemplative et apostolique au sein de l’Eglise Catholique. Tous les membres, laïcs et clercs, se reconnaissent mutuellement comme frères et sœurs dans le Christ, avec un même appel à la sainteté et à l’annonce de l’Evangile. Ils veulent réaliser cet appel chacun selon son état de vie et son ministère. Ils s’engagent à former ensemble une même Communauté, et se promettent les uns les autres dans le cadre de cette communauté une assistance active matérielle, fraternelle et spirituelle pour la vie de sanctification et l’annonce du Royaume de Dieu."*

Enfin, le §6 détaille les différents états de vie :

La Communauté comprend des membres de tous états de vie (cf. articles 298 et 307 du Code de Droit canon) : - des personnes laïques mariées ou célibataires, - des hommes et des femmes engagées dans le célibat pour le Royaume, - des diacres permanents, - des prêtres, des diacres en vue du sacerdoce, des séminaristes, - des religieux et des religieuses."

 

Concrètement

Selon la classification des sociologues des religions, la communauté de l’Emmanuel n’est pas une communauté de vie (où tous habitent ensemble dans un même prieuré), mais une Communauté d’Alliance : les différents états de vie se retrouvent régulièrement pour la vie communautaire et pour la mission.
Ainsi le prêtre est en « maisonnée », réunion régulière de partage de la parole de Dieu, avec des célibataires, des couples mariés, des consacré(e)s, veuf-veuves… Chacun enrichit l’autre de son expérience spirituelle. Les WE communautaires regroupent tout le monde.
De même, les missions, autant que cela est possible, regroupe tous les états de vie. Une paroisse n’est pas confiée seulement à des prêtres de l’Emmanuel, mais des frères et sœurs laïcs, des consacrés, s’y dévouent également.

Pour aller encore plus loin ! Etude sur la complémentarité des états de vie.