Seigneur, mais pourquoi moi ?

Le Pape Benoît XVI a répondu lui-même à cette question  dans son discours du 19 aout 2005 à l'occasion d'une rencontre avec les séminaristes pendant les JMJ de Cologne.

Le séminariste vit la beauté de l’appel dans un moment que nous pourrions définir de « passion ». Son âme est remplie de stupeur qui lui fait dire dans la prière : « Seigneur, mais pourquoi moi ? » Et l’amour n’a pas de « pourquoi », il est don gratuit, auquel on répond par le don de soi.
 

Il appela à lui, ceux qu'il voulait !

Cest paroles du pape se comprenent bien. En effet, Dieu est absolument libre. Son appel qui demande une réponse libre de ma part, ne se fait pas selon les critères humains : en quelque sorte, Dieu est libre par rapport au qu’en dira-t-on ; il est libre par rapport à mes limites humaines (ce qui ne veut pas dire que je les cultive ou les aggrave !) ; il n’a pas choisi comme apôtres les meilleurs pécheurs du lac de Galilée, ni les plus cultivés ; il a choisi ceux qu’il voulait.

On n’explique pas l’amour. Pourquoi lui ? Pourquoi elle ? Demandez à des fiancés, ils ne sauront vous répondre ! Oui, il est beau d’avoir été choisi par amour, gratuitement.
 

Ci-dessous des extraits plus longs du discours du pape :

«  […] La pluie qui tombe  du ciel se révèle être - me semble-t-il - également comme une bénédiction. Vous êtes séminaristes, c'est-à-dire des jeunes qui, en vue d'une importante mission dans l'Eglise, se trouvent dans un temps fort de recherche d'une relation personnelle avec le Christ et de rencontre avec lui. Car voici ce qu'est le séminaire: moins un lieu qu'un temps significatif de la vie d'un disciple de Jésus. J'imagine l'écho que peuvent avoir en vous les paroles du thème de cette vingtième Journée mondiale - "Nous sommes venus l'adorer" - et tout le récit évangélique des Mages dont ce thème est tiré. Chacun à sa façon est, comme eux, une personne qui voit une étoile, qui se met en chemin, qui fait l'expérience également de l'obscurité et qui, sous la direction de Dieu, peut parvenir à l'objectif. Cette page évangélique sur ce que les Mages cherchent et trouvent revêt pour vous une valeur singulière, chers séminaristes, justement parce que vous êtes en train d'accomplir un parcours de discernement - et cela est un véritable chemin - et de vérification de l'appel au sacerdoce. C'est sur cela que je voudrais m'arrêter et réfléchir avec vous.

Pourquoi les Mages de pays lointains sont-ils allés à Bethléem? La réponse est liée au mystère de "l'étoile" qu'ils virent "se lever" et qu'ils identifièrent comme l'étoile du "roi des juifs", c'est-à-dire comme le signe de la naissance du Messie (cf. Mt 2, 2). Et leur voyage fut donc animé par la force d'une espérance, qui dans l'étoile obtenait ensuite sa confirmation et recevait son guide vers "le roi des Juifs", vers la royauté de Dieu lui-même. Parce que cela est la signification de notre chemin:  servir la royauté de Dieu dans le monde. Les Mages partirent parce qu'ils nourrissaient un grand désir, qui les poussait à tout laisser et à se mettre en chemin. C'était comme s'ils avaient attendu depuis toujours cette étoile. Comme si ce voyage était depuis toujours inscrit dans leur destin, et se réalisait enfin. Chers amis, c'est cela le mystère de l'appel, de la vocation; mystère qui engage la vie de tout chrétien, mais qui se manifeste avec une plus grande évidence chez ceux que le Christ invite à tout laisser pour le suivre de plus près. Le séminariste vit la beauté de l'appel dans un moment que nous pourrions définir de "passion". Son âme est remplie de stupeur, qui lui fait dire dans la prière: Seigneur, mais pourquoi moi? Et l'amour n'a pas de "pourquoi", il est don gratuit, auquel on répond par le don de soi.
[…] Le séminaire est un temps de cheminement, de recherche, mais surtout de découverte du Christ. En effet, c'est seulement dans la mesure où il fait une expérience personnelle du Christ que le jeune peut comprendre en vérité sa volonté, et donc sa propre vocation. Plus tu connais Jésus et plus son mystère t'attire; plus tu le rencontres et plus tu es poussé à le chercher. C'est un mouvement de l'esprit qui dure toute la vie, et qui trouve au séminaire une saison riche de promesses, son "printemps".
Arrivés à Bethléem, les Mages "en entrant dans la maison, - comme le dit l'Ecriture - virent l'enfant avec Marie sa mère; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui" (Mt 2, 11). Voici enfin le moment tant attendu:  la rencontre avec Jésus. "Entrant dans la maison":  cette maison représente d'une certaine façon l'Eglise. Pour rencontrer le Sauveur, il faut entrer dans la maison qui est l'Eglise. Durant le temps du séminaire, dans la conscience du jeune séminariste, se produit une maturation particulièrement significative:  il ne voit plus l'Eglise "de l'extérieur", mais il la ressent, pour ainsi dire "de l'intérieur", comme sa "maison", parce que c'est la maison du Christ, où habite "Marie sa mère". Et c'est justement la Mère qui lui montre Jésus, son fils, qui le lui présente, qui, en un sens, le lui fait voir, toucher, prendre dans ses bras. Marie lui enseigne à le contempler avec les yeux du coeur et à vivre de lui. A tout moment de la vie de séminaire, on peut faire l'expérience de cette présence aimante de la Madone qui introduit chacun à la rencontre du Christ, dans le silence de la méditation, dans la prière et dans la fraternité. Marie aide à rencontrer le Seigneur surtout dans la Célébration eucharistique, quand, dans la Parole et dans le Pain consacré, Il se fait notre nourriture spirituelle quotidienne.
"Et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui. Ils lui offrirent leurs présents : de l'or, de l'encens et de la myrrhe" (Mt 2, 11-12). Tel est le sommet de tout l'itinéraire : la rencontre se fait adoration, s'épanouit en un acte de foi et d'amour qui reconnaît en Jésus, né de Marie, le Fils de Dieu fait homme. Comment ne pas voir préfigurée dans le geste des Mages la foi de Simon Pierre et des autres Apôtres, la foi de Paul et de tous les saints, en particulier des saints séminaristes et prêtres qui ont marqué les deux mille ans d'histoire de l'Eglise? Le secret de la sainteté est l'amitié avec le Christ et l'adhésion fidèle à sa volonté. "Le Christ est tout pour nous", disait saint Ambroise; et saint Benoît exhortait à ne rien préférer à l'amour du Christ. Que le Christ soit tout pour vous! A lui, surtout vous, chers séminaristes, offrez ce que vous avez de plus précieux, comme le suggérait le vénéré Jean-Paul II dans son Message pour cette Journée mondiale:  l'or de votre liberté, l'encens de votre prière ardente, la myrrhe de votre affection la plus profonde (cf. n. 4).
Le séminaire est un temps de préparation à la mission. Les Mages "regagnèrent leur pays" et certainement rendirent témoignage de leur rencontre avec le Roi des Juifs. Vous aussi, après le long et nécessaire itinéraire de formation  du  séminaire, vous  serez envoyés pour être les ministres du Christ; chacun de vous ira au milieu des gens comme alter Christus. Dans le voyage de retour, les Mages durent assurément affronter des périls, des fatigues, des désarrois, des doutes... Il n'y avait plus l'étoile pour les guider! Désormais la lumière était en eux. C'est à eux qu'il revenait désormais de la garder et de la nourrir dans la constante mémoire du Christ, de son saint Visage, de son Amour ineffable. Chers séminaristes! Si Dieu le veut, un jour vous aussi, consacrés par l'Esprit Saint, vous commencerez votre mission. Souvenez-vous toujours des paroles de Jésus :  "Demeurez dans mon amour" (Jn 15, 9). Si vous demeurez dans le Christ, vous porterez beaucoup de fruit. Ce n'est pas vous qui l'avez choisi […] mais lui qui vous a choisis (cf. Jn 15, 16). Voilà le secret de votre vocation et de votre mission! Il est conservé dans le coeur immaculé de Marie, qui veille avec un amour maternel sur chacun de vous. Ayez souvent recours à elle avec confiance. Je vous assure tous de mon affection et de ma prière quotidienne, et de tout coeur je vous bénis.