Le prêtre, homme de la compassion
Le fondateur de la Communauté de l’Emmanuel, Pierre Goursat, était convaincu de l’importance de la communion entre prêtres et laïcs vivant dans l’adoration, la compassion, et la soif d’évangéliser.
Mais qu’est-ce que la compassion ? Comment vivre la compassion ?
La compassion est en lien étroit avec la proximité. C’est se laisser saisir par la rencontre de l’autre. Jésus dans le dialogue avec un docteur de la loi (Luc 10, 25-37) répond à cette question de la compassion par la parabole du bon samaritain. La compassion, c’est se faire proche de l’autre. Le samaritain voit. Voir, c’est avoir le cœur ouvert désireux de recevoir. C’est poser un regard, non pas qui surplombe mais un regard qui accueille l’autre comme un don de Dieu. Ne pas se dérober, aller jusqu’à se laisser déranger. Se laisser toucher au cœur par la détresse de l’autre. Parce que c’est le Christ qui est là. Par elle, je laisse s’ouvrir en moi ma propre fragilité pour découvrir que l’autre, si différent, si affligé, c’est mon frère. J’entre alors dans le mouvement du samaritain de l’Évangile, dans l’attitude du Christ. Comme le soulignait Benoît XVI dans son encyclique Deus Caritas est «…regarder cette autre personne non plus seulement avec mes yeux et mes sentiments, mais selon la perspective de Jésus Christ. Son ami est mon ami. ». C’est cela la compassion : la manifestation de l’amour reçu du Christ. On pourrait même dire qu’elle est comme le sceau de l’authenticité de notre rencontre avec Dieu.
Pourquoi sommes-nous appelés à en vivre ?
La compassion ne peut pas être une option car l’amour est diffusif “par nature”. L’expérience d’être aimé ne peut pas se contenir. L’amour se donne. Ce n’est donc pas facultatif, mais intrinsèquement lié à l’expérience de Dieu qui transforme, qui nous fait voir “avec les yeux du Christ”. Cela nous pousse à donner non seulement quelque chose, mais comme le dit Benoît XVI à poser « le regard d’amour dont l’autre a besoin. ». C’est une exigence évangélique : le disciple n’est pas au dessus du maitre ; il imite son Maître et Seigneur et se laisse configurer à Lui pour aimer comme Lui.
Comment la déployer ?
D’abord, en faisant l’expérience de la miséricorde de Dieu pour nous-mêmes. Car sans l’expérience d’être aimé, comment pourrions-nous porter l’amour aux autres ? Ensuite, en rencontrant effectivement l’autre. Voilà deux manières de déployer la compassion.
D’une part, entrer toujours plus avant dans ma relation avec le Christ, me laisser toucher par la Parole de Dieu, qui me parle et que je peux contempler dans chacune des attitudes de Jésus. D’autre part, le vivre concrètement, en allant par exemple à la rencontre de mes frères malades, ou isolés. Les occasions ne manquent pas. De nombreuses équipes d’aumônerie, à domicile, en hôpital, en établissement s’organisent pour cela. Finalement, la compassion ne peut se contenter d’une émotion éphémère mais s’incarner aussi dans un chemin humble et fidèle. Vivre la compassion est avant tout une décision de nous laisser visiter par Dieu dans la rencontre de nos frères.
La compassion par Pierre Goursat
La charité, ce n’est pas du volontarisme, ce n’est pas de l’activisme, ce n’est pas [seulement] aller aux pauvres, aller s’occuper des pauvres, aller s’occuper des malades. C’est vraiment avoir le cœur ému de compassion. Et ce cœur ému de compassion, c’est un don, un charisme. Ce n’est pas nous qui le fabriquons, c’est le Seigneur qui nous le donne parce qu’il est touché de voir que nous nous occupons des pauvres, que nous nous occupons de ceux qui souffrent et qui sont les plus proches de son Cœur. Si on veut rencontrer Jésus… Où peut-on rencontrer Jésus ? Dans les malades, puisqu’il dit : « C’est à moi que vous l’avez fait » (Matthieu 25,40). Il dit aussi que si on ne s’occupe pas des pauvres, si on ne s’occupe pas des malades, si on ne visite pas les prisonniers, si on ne fait pas tout ça, au dernier jour, c’est là-dessus qu’on sera jugé.
Au dernier jour, nous serons jugés sur l’amour (cf. Matthieu 25,41-43).
Extrait d’un enseignement du fondateur de la Communauté de l’Emmanuel, « Du groupe de prière à la communauté », lors d’une session d’été à Paray-le-Monial, en juillet 1979
« La compassion, c’est se faire proche de l’autre ».
Patrick Frenay, Communauté de l’Emmanuel, diocèse de Saint-Étienne
Extrait de la lettre des prêtres et séminaristes de l’Emmanuel n° 37.
Pour aller plus loin
Benoît XVI encourage à passer du temps auprès de qui est dans l’épreuve. Dans le message pour la Journée mondiale du Malade 2010, il s'est adressé spécialement aux prêtres en encourageant leur présence auprès des malades :
En cette année sacerdotale, ma pensée se tourne particulièrement vers vous, chers prêtres, « ministres des malades », qui êtes signe et instrument de la compassion du Christ, qui doit rejoindre chaque homme marqué par la souffrance. Je vous invite, chers prêtres, à ne pas vous économiser pour leur apporter des soins et du réconfort. Le temps passé auprès de qui est dans l'épreuve se révèle fécond en grâce pour toutes les autres dimensions de la pastorale."













