Le prêtre ministre de la Miséricorde

alt

 

Au retour à la sacristie, le jour de mon ordination sacerdotale, mon Evêque me tendit une enveloppe : Voilà tes pouvoirs de confesser. Au delà de l’aspect juridique et de confiance de mon Evêque, au delà du cours suivi sur la confession, c’est un pouvoir vraiment extraordinaire, celui de pardonner les crimes du monde.

NOUVEAU : un document de la Congrégation du Clergé, daté de mars 2011 : le prêtre ministre de la miséricorde. A télécharger sur notre www.pretres.com.

 

Témoignage du Père Ceyrac

Le père Ceyrac raconte l’émotion qu’il a ressentie lors d’une traversée de l’océan indien, dans son livre Mes racines sont dans le ciel, Presses de la renaissance, 2004, p.117s.

 

C’était en décembre 1949, quelque part entre Port Saïd et Colombo, quelque part entre le ciel et la mer. Le bateau était plein de soldats de la Légion étrangère qui partaient pour Saïgon car nous étions encore en pleine guerre d’Indochine. C’était la veille de Noël, et je crois avoir été le seul prêtre à bord. Le commandant de la Légion vint me trouver et me demanda avec beaucoup de politesse et de courtoisie si je voulais bien monter sur le pont et écouter les confessions de ses légionnaires, si du moins certains d’entre eux désiraient «  faire la paix avec Dieu » avant de monter au front.

Je me suis assis quelque part sur le pont, et pendant deux ou trois bonnes heures, j’écoutai ces hommes réputés pour leur bravoure, mais aussi pour la variété parfois tragique d’une vie qui restait leur secret. Ils venaient, l’un après l’autre, s’agenouiller près de la chaise où je me trouvais. Ils me parlaient avec la franchise des légionnaires. Je les écoutai, très ému – j’étais encore un très jeune prêtre, et je leur donnai à chacun de grandes et belles absolutions, avec toute la ferveur de la jeune prêtrise, « pour toutes les fautes de la vie passée » !

« Moi, prêtre de Jésus-Christ, je te pardonne, en son nom, tous tes péchés ! » Et se relavant, chacun me donnait une forte poignée de main, avec un « merci, père » ! Lorsque j’allai à l’Autel – une simple table de bois – et commençai, sous un ciel plein d’étoiles, la messe de minuit, la main droite me faisait mal, mais mon cœur était en fête. Je n’avais jamais senti à ce point la grandeur immense du prêtre – cep pauvre homme, pauvre type qui, si misérable soit-il, peut effacer au nom de Dieu, en quelques mots tous simples, tous les crimes du monde. « Va en paix, tes péchés sont pardonnés. »

Je ne pense pas qu’on puisse être appelé à un plus haut service que celui d’être prêtre de Jésus-Christ : celui de bénir, de consacrer, de pardonner, en Son nom et par son pouvoir à Lui.

 

Merci père Ceyrac pour votre témoignage.

 

Pour aller plus loin :

 

Article 966 §1 du Code de Droit Canonique (droit de l’Eglise)

« Pour que l’absolution des péchés soit valide, il est requis que le ministre, en plus du pouvoir d’ordre, ait la faculté de l’exercer à l’égard des fidèles à qui il donne l’absolution.»

(NB : Tout prêtre n’a donc pas ce pouvoir. En cas de danger de mort du pénitent, tout prêtre peut donner l’absolution validement, même celui qui n’en a pas le pouvoir habituel)

 

Du Directoire pour la vie et le ministère du prêtre (1994)

51. Ministre de la réconciliation

L'Esprit-Saint est le don de la résurrection fait aux Apôtres, en vue de la rémission des péchés: «Recevez l'Esprit-Saint; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez» (Jn 20, 21-23). Le Christ a confié l'œuvre de la réconciliation de l'homme avec Dieu exclusivement à ses Apôtres et à ceux qui leur succèdent dans cette même mission. Ainsi, les prêtres par volonté du Christ sont les seuls ministres du Sacrement de la Réconciliation. Comme le Christ, ils sont envoyés pour appeler les pécheurs à la conversion et les ramener au Père grâce au tribunal de la miséricorde. (…)

Il est donc nécessaire qu'il sache s'identifier dans un certain sens avec ce sacrement et, assumant l'attitude du Christ, qu'il sache se pencher avec miséricorde, comme le bon samaritain, sur l'humanité blessée. Il fera alors apparaître la nouveauté chrétienne de la dimension médicinale de la Pénitence, qui sert à la guérison et au pardon.

52. Dévouement au ministère de la Réconciliation

Tant en raison de son office que de son Ordination sacramentelle, le prêtre devra dédier son temps et son énergie à écouter les confessions des fidèles qui, comme le montre l'expérience, vont volontiers recevoir ce Sacrement là où ils savent trouver des prêtres disponibles. Cela est valable partout mais surtout pour les églises des zones les plus fréquentées et pour les sanctuaires, pour lesquels on peut organiser une collaboration fraternelle et responsable avec les prêtres religieux ou âgés.

Chaque prêtre s'en tiendra à la norme ecclésiale qui défend et promeut la valeur de la confession individuelle et de l'accusation personnelle et intègre de ses péchés, dans un dialogue direct avec le confesseur,(166) réservant l'usage de la confession et de l'absolution collective aux seuls cas extraordinaires prévus par les dispositions en vigueur, et dans les conditions requises. Le confesseur saura ainsi éclairer la conscience du pénitent avec quelques mots qui, tout brefs qu'ils soient, devront être appropriés à sa situation concrète, de façon à favoriser une orientation personnelle renouvelée vers la conversion et à influencer en profondeur son chemin spirituel, également à travers l'imposition d'une satisfaction opportune.

Dans tous les cas, le prêtre saura maintenir la célébration de la Réconciliation au niveau sacramentel en surmontant le danger de la réduire à une activité purement psychologique ou simplement formelle.

Cela se manifestera entre autre dans la façon de vivre fidèlement la discipline en vigueur sur le lieu et le siège de la confession.

53. Nécessité de se confesser

Comme tout bon fidèle, le prêtre a lui aussi besoin de confesser ses péchés et ses faiblesses. Il est le premier à savoir que la pratique de ce sacrement affermit dans la foi et la charité envers Dieu et envers le prochain.

Pour se trouver dans les meilleures conditions de montrer avec efficacité la beauté de la Pénitence, il est indispensable que le ministre du sacrement offre un témoignage personnel en précédant les autres fidèles dans l'expérience du pardon. Cette expérience constitue par ailleurs la première condition pour la revalorisation pastorale du sacrement de la réconciliation. En ce sens, il est bon que les fidèles sachent et voient que leurs prêtres eux aussi se confessent avec régularité: «Toute la vie du prêtre subit un déclin inévitable si lui-même, par négligence ou pour tout autre motif, ne recourt pas de façon régulière et avec une foi et une piété authentiques au sacrement de Pénitence. Chez un prêtre qui ne se confesserait plus ou se confesserait mal, son être sacerdotal et son action sacerdotale s'en ressentiraient vite, et la communauté elle-même dont il est le pasteur ne manquerait pas de s'en rendre compte».